La France boude l'Europe
"Ce n'est pas la finale du championnat
de France, c'est la finale du championnat de New York".
Au soir de la qualification nancéenne pour la finale
des play-offs de ProA, Tariq Kirksay s'impatientait à l'idée
de croiser la route de ses compères new-yorkais de
Strasbourg : Fajardo, McCord et les frères Greer.
Pur derby de l'Est, la finale 2005 entre Nancy et la SIG,
sans avoir été délocalisée dans
les ruelles du Bronx, peut quand même faire tiquer.
En adoptant un nouveau format de play-offs pour cette saison,
avec participation des 12 premiers de la phase régulière,
des rencontres en matches aller-retour et une finale sur
une manche unique, la Ligue Nationale souhaitait installer
un vent de frais sur le basket français. Pari
réussi.
D'aimable coup de balai, la nouvelle formule a fait office
de blizzard. Plus typés "Coupe de France",
les play-offs 2005 n'ont ainsi placé en finale aucun
des deux premiers de la phase régulière. Du
jamais vu depuis 1997 et la finale entre l'ASVEL (3ème)
et Paris (5ème). Un événement survenu
seulement à deux reprises depuis la création
de la ligue en 1987. Le produit proposé a pourtant
de quoi attirer. Un regroupement des finales de ProA et ProB
sur un jour et dans un même lieu (Bercy), avec retransmission
de la première en direct sur une chaîne hertzienne
(France Télévisions). La volonté de
rafraîchir l'image du basket hexagonal est donc bien
là. Mais à quel prix?
Derrière un ton
presque uniforme, télévisions et Ligue se félicitent
d'avoir su proposer un produit simple et plus lisible. Plus
accessible pour les téléspectateurs et pour
les équipes elles-même, puisque deux tiers des
clubs de l'élite pouvaient tenter leur chance en play-offs
cette année. Une pointe de satisfecit louable. La
réalité est-elle pour autant à l'euphorie?
Bercy, même joliment rougi par les maillots des supporters
nancéens, n'était pas plein.
Et la finale du
championnat de France, avec 13.200 spectateurs, aura attiré au
POPB
moins de monde que le dernier All-Star Game (14.700), et à peine
plus que la finale de la Coupe entre Gravelines et Cholet à la
mi-mai (12.500). Le tout avec une finale de ProB (Brest-Evreux)
mise en lumière, mais étrangement programmée
après sa grande soeur, et qui a elle aussi subi son
coup de vent, avec une salle en partie dégarnie d'un
match à l'autre.
Quant aux 800.000 téléspectateurs
annoncés par France Télévisions, une
audience deux fois plus importante que celle de la dernière
finale diffusée sur du hertzien (ASVEL - Pau-Orthez
en 2002), restent très modestes, et inférieurs
aux chiffres habituellement réalisés par les
retransmissions sportives du dimanche sur le service public.
Autre motif d'inquiétude : la représentativité française
sur le continent. Strasbourg a mérité son titre
et son billet pour la prochaine édition de l'Euroleague.
Mais la meilleure équipe de la saison régulière
n'est pas couronnée. Et si la SIG, troisième
de la phase aller-retour, fait un beau champion 2005, le
modèle de play-offs ouvre la voie à n'importe
qui, du 1er au 12ème.
Résultat, la ProA est
le seul des grands championnats européens à n'avoir
présenté en finale aucun des deux premiers
de la saison régulière. Avec Nancy (8ème),
elle est aussi la seule disputée par une équipe
classée au-delà de la sixième place. "Un
seul match (...) un seul lieu, voilà ce qui attend
les finalistes du championnat de France de ProA, à l'issue
d'une saison de plus de huit mois de compétition".
René Le Goff, le président de la LNB, le rappelle
dans le programme officiel de la finale : une année
sur une seule rencontre, là où l'Espagne, la
Grèce, l'Italie, la Russie, Israël ou encore
la Turquie désignent tous leur champion au terme d'une
finale au meilleur des cinq matches.
De ces
six championnats majeurs, seule la finale
de la Lega entre
Bologna et Milano s'est jouée sans son numéro
1 de la saison régulière (2ème contre
4ème). Mise à part l'Espagne, dont la finale Vitoria-Real
Madrid (les 2 premiers) est encore en cours, les autres ont
déjà consacré champion
le premier de la phase régulière. Sans hasard.
Autre exception à la norme continentale, la Ligue
Adriatique, qui regroupe notamment les meilleures équipes
serbes (Vrsac, Partizan, Etoile Rouge), croates (Cibona,
Zadar) et slovènes (Ljubljana, Lasko), et dont les
demi-finales et finale se disputent sous forme de Final 4,
avec cette année la victoire d'Hemofarm Vrsac
contre le Partizan... les deux premiers de la phase régulière.
Fruit de sa structure, la Ligue Adriatique a placé un
de ses pions (Vrsac) dans le dernier carré de l'une
des trois principales coupes européennes 2004-2005.
Les quarts de finale de l'Euroleague, de l'ULEB
Cup et de
la FIBA
League, ont même vu défiler 4 clubs
turcs, 4 grecs, 4 russes, 2 espagnols, 2 italiens et 2 israéliens.
Une aire de jeu interdite d'accès aux clubs français,
dont les derniers qualifiés, Cholet (ULEB Cup), Strasbourg,
Paris et Dijon (FIBA League), ont tous calé en huitièmes.
La Ligue Nationale, qui prépare la mise en place pour
2009 d'une Super Ligue avec deux divisions professionnelles
(14 clubs en ProA et 16 en ProB), oeuvre pour le bien du
basket français. Comment autrement expliquer sa décision
d'enterrer déjà une partie* de l'ex-nouveau
format des play-offs?
par Marc Pheulpin
* tenue ce week-end à Marcoussis,
l'assemblée
générale de la LNB a notamment décidé que
les rencontres du tour préliminaire, des quarts et
demi-finales des play-offs 2006 se disputeraient au meilleur
des trois matches, et non plus en matches aller-retour.
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